Un collègue qui envoie des messages désobligeants chaque matin. Un supérieur qui fixe des objectifs volontairement inatteignables, semaine après semaine. Ces situations, vécues par de nombreux salariés, correspondent à ce que le droit français qualifie de harcèlement moral. Le texte qui encadre cette infraction dans le milieu professionnel est l’article 222-33-2 du code pénal.
Harcèlement moral au travail : ce que le texte punit précisément
L’article 222-33-2 vise les agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail. Cette dégradation doit être susceptible de porter atteinte aux droits, à la dignité, à la santé physique ou mentale de la victime, ou de compromettre son avenir professionnel.
Deux éléments méritent une attention particulière. Le texte exige d’abord une répétition des agissements : un acte isolé, même grave, ne caractérise pas l’infraction. Ensuite, la loi ne requiert pas que l’auteur ait eu l’intention de nuire. Il suffit que les faits aient eu pour effet la dégradation décrite.
Concrètement, cela couvre des comportements très variés : remarques humiliantes récurrentes, mise à l’écart systématique, retrait injustifié de responsabilités, contrôle excessif du travail. La jurisprudence a progressivement précisé ces contours au fil des affaires.
Pour mieux comprendre le périmètre exact de ce délit, l’article 222-33-2 du code pénal détaille les conditions d’application et les conséquences légales encourues par l’auteur des faits.
Sanctions pénales du harcèlement moral : peines d’emprisonnement et amende

Le harcèlement moral au travail est un délit. Les peines prévues par le code pénal sont lourdes, et elles visent aussi bien un supérieur hiérarchique qu’un collègue de même niveau.
Voici les sanctions de base et les circonstances qui les alourdissent :
- Lorsque les faits entraînent une incapacité totale de travail de la victime, les peines peuvent être aggravées.
- Si la victime est une personne vulnérable (en raison de son âge, d’une maladie ou d’un handicap), le quantum de la peine augmente.
- Le juge peut prononcer des peines complémentaires : interdiction d’exercer une activité professionnelle, obligation de suivre un stage de responsabilisation.
Au-delà du pénal, la victime peut demander des dommages et intérêts au civil. Les deux voies de recours ne s’excluent pas.
Preuve du harcèlement moral : deux logiques juridiques distinctes
Vous vous demandez comment prouver des agissements qui se déroulent souvent à huis clos, sans témoin direct ? La réponse dépend de la juridiction saisie.
Devant le conseil de prud’hommes, le régime de preuve est aménagé en faveur du salarié. Celui-ci présente des éléments laissant supposer l’existence d’un harcèlement. L’employeur doit alors prouver que ses décisions reposaient sur des justifications objectives étrangères au harcèlement. Ce mécanisme allège la charge de la preuve pour la victime.
En revanche, devant le tribunal correctionnel, la logique est différente. Les éléments présentés doivent permettre de caractériser l’infraction pénale avec ses éléments constitutifs. Une relaxe au pénal ne signifie pas que les prud’hommes rejetteront la demande, et inversement. Les deux procédures suivent des régimes de preuve indépendants.
Parmi les preuves recevables : courriels, messages sur des applications de messagerie professionnelle, attestations de collègues, certificats médicaux, comptes rendus d’entretien. La Cour de cassation a rappelé récemment que les juges du fond doivent apprécier la valeur probante d’une enquête interne en tenant compte de l’ensemble des éléments produits par les parties (Cass. soc., 18 juin 2025, n° 23-19.022). Autrement dit, un rapport d’enquête interne ne suffit pas à lui seul à établir ou à exclure le harcèlement.

Obligation de prévention de l’employeur : une responsabilité distincte
Le harcèlement moral au travail ne concerne pas uniquement l’auteur direct des faits. L’employeur a une obligation légale de prévention, inscrite dans le code du travail.
Cette obligation va au-delà de la simple réaction après signalement. Elle impose de mettre en place des mesures concrètes :
- Informer les salariés sur les comportements constitutifs de harcèlement moral et les sanctions encourues.
- Former les managers à la détection des situations à risque.
- Mettre en place une procédure de signalement interne accessible et confidentielle.
Un point de droit souvent méconnu : le manquement à l’obligation de prévention ouvre droit à une réparation distincte. La Cour de cassation a jugé que l’employeur peut être condamné à indemniser un préjudice lié à son inaction préventive, même lorsque le salarié obtient déjà réparation pour le harcèlement subi (Cass. soc., 6 juin 2012, n° 10-27.694). Les deux préjudices sont considérés comme différents.
En pratique, un employeur qui se contente de sanctionner l’auteur du harcèlement après coup, sans avoir mis en place de dispositif en amont, s’expose à une double condamnation.
Harcèlement moral et autres infractions du code pénal : ne pas confondre les textes
L’article 222-33-2 traite exclusivement du harcèlement moral dans le cadre professionnel. Le code pénal contient d’autres textes qui couvrent des formes voisines de harcèlement, chacun avec son propre régime.
L’article 222-33 concerne le harcèlement sexuel, qui suppose des propos ou conduites à connotation sexuelle ou sexiste, imposés de façon répétée. L’article 222-33-2-2 vise le harcèlement moral en dehors du cadre professionnel.
Chacun de ces textes prévoit des peines graduées selon la gravité des conséquences pour la victime. Le cyberharcèlement, quant à lui, constitue une circonstance aggravante applicable à plusieurs de ces infractions depuis la loi du 3 août 2018.
Identifier le bon fondement juridique conditionne la recevabilité de la plainte et le tribunal compétent. Un salarié harcelé moralement par son employeur relève de l’article 222-33-2. Le même comportement exercé par un voisin relève de l’article 222-33-2-2. La qualification pénale change, les peines aussi.



